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Le Petit Robert propose la définition suivante pour le verbe déambuler : marcher sans but précis, selon sa fantaisie. Errer, flâner, se promener. Les Vietnamiens ne tiennent pas en place. Il faut qu’ils bougent, qu’ils se déplacent, seuls ou en famille, avec des canards, des vitres, des pianos. Même les marchés sont mobiles et flottants. Même les morts s’agitent, et c’est le rôle des vivants de les apaiser.
Mobiles, les Vietnamiens s’adaptent aux véhicules, à moins que le véhicule ne s’adapte à eux. Dans ces déambulations, il y a de la vie et de l’optimisme. On ressent irrésistiblement cette propulsion hors des murs, vers autre chose, vers l’avenir, vers l’espoir. Pour se promener sans but, il faut de la lenteur. Les engins motorisés ne s’y prêtent pas. A-t-on vu quiconque déambuler en voiture ?
Mais, progressivement, la déambulation est proscrite dans la vie moderne, pour cause de lenteur justement. Et la lenteur est souvent synonyme de pauvreté. La vente ambulante est interdite, les cyclos sont interdits. Alors la mobilité se transforme, elle devient un geste de fuite : il y a toujours un guetteur bénévole et désœuvré pour signaler l’arrivée des forces de l’ordre.
Tiré de “Passion Vietnam” par Anna Moi, juillet 2003
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